photo_romanL'histoire de notre narrateur, dont le lecteur ne connaît que le nom -Meursault-, commence par la mort de sa mère. Il avait placée cette dernière en asile pour des raisons financières, mais également parce que tous deux n'avaient plus grand chose à se dire. L'enterrement de sa mère ne provoque aucun fort sentiment en lui. Il ne verse pas de larmes, ne se lamente pas sur cette perte. Peu de temps après, Meursault est pris à parti par un voisin, qui lui demande son aide dans une histoire sentimentale. Ce voisin, Raymond, pense être trompé par son amante et veut la punir : il demande donc à Meursault de bien vouloir écrire une lettre qui amène la femme à se présenter chez Raymond -pour y être battu. Suite à cela, Raymond s'aperçoit rapidement qu'il est suivi par le frère de son ancienne maîtresse. Un jour, alors que Meursault et lui sont à la plage, une altercation éclate entre les deux copains et les amis du frère de l'ancienne maîtresse de Raymond. Raymond avait glissé dans la poche de Meursault un revolver, pour le cas où. Finalement,Raymond est blessé dans la bataille et tous rebroussent chemin. Quelques heures après cet épisode, Meursault retourne se promener sur la plage et croise celui qui les suivait : il le tue alors et l'histoire bascule.


L'écriture de ce roman est au début très simple. Les phrases sont plutôt courtes, sans fioritures. On en ressent d'autant mieux la force de la narration de Meursault. Parfois, le langage change et est beaucoup plus sophistiqué, ce qui est assez intriguant pour quelqu'un comme Meursault. Je ne résiste pas à citer le passage suivant, qui montre parfaitement bien la rupture d'un équilibre :


"C'est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m'a semblé que le ciel s'ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s'est tendu et j'ai crispé ma main sur le revolver. La gâchette a cédé, j'ai touché le ventre poli de la crosse et c'est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé. J'ai secoué la sueur et le soleil. J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. Alors, j'ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s'enfonçaient sans qu'il eu parût. Et c'était comme quatre coups brefs que je frappais à la porte du malheur".


Commence alors la deuxième partie du roman, l'instruction de l'affaire puis son procès. Ce que j'ai ressorti de ce roman est un sentiment d'absurdité difficile à décrire car il est surtout ressenti. Finalement, ce que l'on reproche à Meursault durant son procès est moins le fait d'avoir tué cet homme que d'être insensible, inhumain : on lui reproche de ne pas avoir être malheureux à l'annonce de la mort de sa mère. On lui reproche de ne pas ressembler aux personnes en face de lui, de ne pas être humain. J'ai beaucoup apprécié l'analyse faite dans le dossier du livre (FolioPlus), concernant l'opposition constant entre le naturel et le social. En fait, ce qu'on reproche à Meursault selon cette analyse est de refuser les codes sociaux, de ne pas vouloir jouer le rôle.


Pour résumer très simplement, L'étranger est un roman intense, qui a une portée philosophique je pense puisqu'il nous amène nous interroger sur la Vérité, l'absurdité. Je le conseille vivement et je vais m'empresser de lire Le mythe de Sysiphe, qui semble être dans la même veine!