Le_professeurWilliam Crimsworth est orphelin depuis son enfance. Il a pu étudier dans la prestigieuse école d'Eton, grâce à l'aide financière de sa famille. A la fin de ses études, son oncle Seacombe lui propose d'entrer dans les ordres et lui fait une offre très intéressante. Mais, ne se voyant absolument pas poursuivre une telle carrière, William est contraint de décliner cette proposition. Il part alors rejoindre son frère aîné, qui s'est établi une belle carrière dans l'industrie. Ce dernier le reçoit très froidement et éprouve envers William une profonde antipathie. Après plusieurs mois de travail pour son frère, William a de plus en plus de mal à supporter les maltraitances. Finalement, il est licencié par son frère, qui ne supporte pas que le bruit court dans la ville qu'il ne traite pas respectueusement un membre de sa propre famille.

William décide de partir tenter sa chance sur le continent et commence alors une nouvelle carrière de professeur d'anglais dans un pensionnat pour garçons de Bruxelles. Son travail lui plaît et il est apprécié pour la qualité de celui-ci, ce qui lui vaut de gagner un double emploi dans le pensionnat pour garçon tenu par Mlle Reuter. William y fait alors la connaissance de Mlle Henri, qui enseigne la couture aux jeunes filles, et qui suit également les cours d'anglais de Mr Crimsworth. Tous deux commencent de plus en plus à apprécier leurs caractères et tombent petit à petit amoureux l'un de l'autre. Mais, ils devront franchir de nombreux obstacles avant de connaître le bonheur...


Le début du roman est composé de plusieurs péripéties et a un rythme relativement soutenu. A partir du moment où William entre dans le pensionnat pour garçons en qualité de professeur d'anglais, on entre progressivement dans une phase beaucoup plus lente du roman - mais qui n'en est pas moins appréciable. On peut y découvrir le fonctionnement d'un pensionnat (à l'époque bien sûr) mais on y découvre surtout une pédagogie d'enseignement complètement différente de ce que l'on peut voir aujourd'hui (heureusement!). J'avoue avoir été un peu agacée par le nationalisme très présent dans ce livre : Charlotte Brontë y rabâche à quel point les Anglais sont un peuple merveilleux, la meilleure Nation sur Terre! Voici un exemple, très parlant, de ce nationalisme (ainsi que de la "pédagogie" employée pour lutter contre l'inintelligence de ces enfants non anglais...) :


"Ils ont en général une faible intelligence et un corps vigoureux ; il en résulte une impuissance réelle à combattre la force d'inertie qui est dans leur nature : non seulement ils ont l'esprit obtus, mais encore ils sont entêtés, lourds comme du plomb, et comme le plomb difficiles à mouvoir. Il serait donc absurde de leur demander un grand effort d'esprit ; ayant la mémoire courte, la compréhension difficile, la faculté de réfléchir peu développée, ils s'éloignent avec répugnance de tout ce qui exige une étude sérieuse, une attention soutenue ; dès lors, si un professeur maladroit exige de leur part cet effort détesté, s'il emploie la rigueur pour tâcher de les y contraindre, ils lui opposent la résistance bruyante et désespérée des pourceaux ; et, bien qu'ils ne soient pas brâves quand ils sont isolés, ils montrent un acharnement incroyable lorsqu'ils se trouvent réunis.

Il fallait donc ne demander qu'une faible dose d'application à des natures si peu faites pour en avoir, aider par tous les moyens possibles ces intelligences opaques et contractées, se montrer doux et patient, composer même, jusqu'à un certain point, avec ces dispositions faibles ; mais une fois arrivé au comble de l'indulgence, il devenait indispensable de s'arrêter, de vouloir et d'exiger fermement, sans quoi la faiblesse vous eût précipitée dans l'abîme où vous n'auriez pas tardé à recevoir des preuves de la reconnaissance flamande sous la forme de boue et de crachats brabançons."


Toutefois, cela ne m'a pas trop gâché la lecture. Ce que j'ai surtout été étonnée de découvrir est le féminisme de cette oeuvre. Même si c'est un "gros" mot, je pense qu'on peut véritablement qualifier Le professeur de roman féministe dans la mesure où Mlle Henri choisit de garder sa carrière de professeur une fois mariée. Malgré l'insistance de son mari, qui tente de la raisonner en lui jetant bon nombre d'arguments, celle-ci préfère garder une certaine indépendance. Je trouve que de ce point de vue, Charlotte Brontë est très en avance sur son temps : d'ailleurs, cela me rappelle un peu le personnage de Jane Eyre, roman  éponyme écrit postérieurement à celui-ci.

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Lu dans le cadre du Challenge English Classics, organisé par Karine