attentat express

Caroline Poiron est photographe-reporter. Alors qu’elle se rend en Syrie avec son mari Gilles Jacquier (reporter pour Envoyé Spécial de France 2), elle assiste à son décès, au cours d’un « attentat express ». Les heures qui suivirent furent extrêmement pénibles : elle dut repousser les médias et les espions syriens (déguisés en personnel médical), qui voulaient s’emparer de ce drame à des fins politiques. C’est par cette scène qu’elle commence son récit. Elle happe le lecteur avec un récit poignant, émouvant, bouleversant. Alors qu’elle essaie de faire ses adieux à l’homme qu’elle aime, elle est attaquée de toutes parts par ceux qui veulent lui voler son corps et son histoire. 

Caroline Poiron décide, avec l’aide des journalistes qui étaient présents (Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian), de remonter dans ses souvenirs afin de comprendre comment elle et son mari ont pu en arriver là. Elle veut comprendre le rôle qu’ont eu toutes les personnes qui ont gravité autour d’eux pendant leur séjour, et notamment celui de la mère Agnès. 

Voilà le lecteur ainsi embarqué dans une enquête journalistique. Caroline Poiron raconte la préparation du séjour (la prise de contacts, les réservations, les liens avec le « média employeur »…) et son déroulement. Pour eux, rien ne s’est passé comme prévu. Alors qu’ils souhaitaient être au plus près des combats, leurs hôtes les maintenaient à Damas et organisaient des événements pro-Bachar, à des fins de propagande politique. Le plus étonnant dans son récit est qu’ils avaient conscience d’être manipulés et pourtant, on a le sentiment qu’ils ont plus ou moins accepté la situation (dans l’espoir d’arriver à leurs fins). Ils ont été à l’encontre du bon sens qu’ils ont acquis au cours de leur expérience du terrain, des conflits. 

 

Caroline Poiron met en avant ce qui jusque-là est inconnu du grand public : le travail de reporter de guerre. A travers l’enquête qu’elle mène pour dénoncer l’assassin de son mari, elle raconte le conflit syrien. La mort de Gilles Jacquier est en effet un enjeu politique entre le régime de Bachar Al Assad et la rébellion. 

Une fois rentrée en France, elle porte plainte contre l’Etat syrien, témoigne à la télévision et répond aux questions des enquêteurs français. Pour mener sa propre enquête, elle fut aidée par les deux journalistes suisses qui l’avaient entourée au moment de l’attentat. 

Caroline Poiron écrit dans un style journalistique dynamique, engagé et dénonciateur. Attentat express se lit vite et facilement ; c’est un livre prenant car il est forcément émouvant, tout en racontant une histoire politique (celle de la propagande et de la répression d’un Etat tyrannique). Quelle tristesse que ce livre soit basé sur la réalité, et que ce ne soit pas un simple thriller !

 

Référence

Caroline Poiron, Attentat Express, édition Seuil, 300 pages

prix lectrices elle 2014

 

Sélection Document de Janvier 2014