9782021117707

"De mon enfance je n'ai aucun souvenir heureux."

Eddy Bellegueule est un enfant du Nord de la France, élevé au sein d'une famille nombreuse pauvre. Non seulement sa famille est pauvre financièrement, mais son capital culturel l'est tout autant. Le récit d'Edouard Louis est double : on entend à la fois parler l'homme qui a souffert de cette enfance et le sociologue qu'il est devenu et qui lui permet de prendre du recul sur la narration. 

Il raconte la violence physique et surtout symbolique qu'il a dû subir parce qu'il n'était pas un enfant comme les autres : la torture physique des collégiens, les railleries de ses "camarades", les remarques de ses parents, frères et soeurs. Cette violence était tellement forte qu'il fit tout pour échapper à son identité, en aimant des filles et en essayant de se comporter comme un homme viril.

Le recul qu'il prend lui permet de comprendre sa vie non pas à son échelle mais à l'échelle sociale. Ainsi, il arrive formidablement bien à raconter le rôle de l'homme dans cette classe sociale, et notamment la place de la virilité. L'incroyable force de ce roman est de réussir à exprimer des faits sociologiques avec la voix de la littérature. Par exemple, sans une seule fois parler du concept bourdieusien de l'habitus, Edouard Louis le met en scène à la manière d'un grand écrivain.

Où se trouve le roman dans ce récit et où commence sa part biographique ? C'est ce que je n'ai pas réussi à déterminer et pourtant, cela ne m'a pas empêchée de trouver ce roman exceptionnel. Edouard Louis a écrit un récit poignant, bouleversant, complet et brillant. C'est un véritable coup de coeur et c'est LE livre de l'année 2014 (bon, je n'ai pas encore lu Réparer les vivants...).

 

Référence

Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule, édition Seuil, 220 pages

 

Je vous conseille les avis de Cultur'elle, Meelly, Clara et Eva.