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A l'occasion du mois anglais, je me suis offert l'édition bilingue des Sonnets de Shakespeare. Je pensais pouvoir les lire dans les deux langues mais je n'avais pas réfléchi au fait qu'ils ont été écrit à une époque trop ancienne. Je me suis donc bien souvent contentée de la traduction française, uniquement.

Si vous vous intéressez à ces sonnets, qui ont une part secrète puisqu'on ne sait pas avec certitude à qui ils sont adressés, je vous conseille de lire Le portrait de Mr. W.H. d'Oscar Wilde.

Voici quelques sonnets qui ont attiré mon attention.

 

 

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Musique est ta voix, et tu entends sans plaisir

La musique ? Douceur ne combat douceur. Joie

Ejouit la joie. Pourquoi aimer ce qui t'attriste

Ou faire bon accueil à ce qui te déplaît ?

Si l'harmonieux concert de sons bien accordés,

L'un à l'autre mariés, offense ton oreille,

C'est d'être un doux reproche à toi qui veux confondre

En toi seul les parties que tu devrais tenir.

Entends comme une corde, d'une autre doux époux,

Vibre avec elle et crée un mutuel accord ;

Ainsi l'heureuse mère et le père et l'enfant

D'une voix, tous en un, chantent un air plaisant,

   Dont l'harmonie muette, une, quoique multiple,

   Chante pour toi ceci : "A toi seul, tu n'es rien."

 

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Mon oeil, jouant au peintre, a su graver la forme

De ta beauté sur la surface de mon coeur ;

Mon corps en est le cadre et soutient le tableau.

Le plus grand art du peintre est dans la perspective :

C'est de son point de vue qu'il faut contempler l'oeuvre

Pour voir ta vraie image, évoquée par son art,

Exposée en mon sein ainsi qu'en une échoppe

Qui aurait pour vitrines les vitres de tes yeux.

Vois donc quelle obligeance ont les yeux pour les yeux !

Les miens ont dessiné ta forme ; pour moi les tiens

Dans mon sein sont fenêtres où le soleil se glisse,

Fortif et se plaisant à te voir au-dedans.

   A l'art des yeux pourtant il manque une science :

   Ils peignent ce qu'ils voient sans connaître le coeur.

 

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Lorsqu'en disgrâce auprès de Fortune et des hommes,

Solitaire, je pleure d'être ainsi rejeté,

Et de cris sans effet harcèle le ciel sourd ;

Que je vois mon état et maudis mon destin,

Souhaitant être semblable à l'un, riche d'espoir,

D'un tel avoir les traits ou les amis nombreux,

Désirant de l'un le talent, de l'autre les chances,

Moi, le moins satisfait de mes dons les meilleurs ;

Si pourtant, me méprisant presque en ces pensées,

Je pense à toi par chance, alors change mon sort,

Et comme l'alouette au point du jour s'élève

Loin du sol triste, je chante à la porte du ciel :

   Ton cher amour remémoré me rend si riche

   Qu'à l'état d'un monarque je préfère le mien.

 

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Référence

William Shakespeare, Sonnets, éditions Babel, 445 pages