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Comment Jean Racine a-t-il pu écrire Bérénice ? Plus précisément, qu'est-ce qui l'influença et le mena à écrire cette tragédie, qui représentait une innovation majeure pour le théâtre du XVIIème siècle ? Voici le coeur de ce roman dont le titre est malheureusement bien trop ambigü. 

Jean Racine reçut une éducation très stricte et pieuse à Port-Royal. Il faisait preuve d'un esprit extrêmement curieux (encore plus curieux pour tous les livres qui lui étaient interdits), d'une excellente mémoire, d'un don pour le latin et la grammaire et d'une forte capacité créatrice. Lors de son éducation à Port-Royal, il découvre un texte de Virgile sur Didon et Enée. Il est absorbé par cette histoire qui évoque la douleur de Didon face à l'abandon d'Enée, désespoir qui la mène jusqu'à son suicide. Ce passage de l'Enéide étant interdit aux élèves, Jean le lit et relit jusqu'à le connaître par coeur et n'avoir plus besoin de posséder le livre interdit. 

Après plusieurs années passées à Port-Royal, il part vivre à Paris où il espère pouvoir écrire des pièces de théâtre, mais à sa façon. Pour lui, il n'est pas nécessaire d'inventer des combats à l'épée ou de faire pleurer ou crier démeusurément ses comédiens pour qu'une pièce soit bonne. Tout réside dans le choix des mots, la grammaire, le rythme. Peu à peu, il connaît le succès, l'amour, se rapproche de Louis XIV. 

Ce sujet n'est-il pas suffisant en soi ? Pourquoi inventer un titre qui laisserait penser que le roman serait une version contemporaine de Bérénice de Racine ? J'ai ajouté ce roman à ma PAL en pensant qu'il s'agissait d'une adaptation moderne de la séparation entre Bérénice et Titus. Mais en réalité, trois petits chapitres traitent en quelque sorte de ce sujet, en présentant une Bérénice un an après la rupture, lorsqu'elle apprend que Titus est en train de mourir et qu'il l'appelle à son chevet. C'est cette mauvaise interprétation des intentions de l'auteur qui a causé ma déception.

Cette déception fut d'autant plus grande que les trois chapitres en question ne m'ont pas semblé du même niveau que toute la partie du roman dédiée à la biographie de Racine : j'y ai trouvé un réel manque de simplicité, beaucoup trop de pathos "grossier". Alors que Racine savait choisir et peser ces mots, Nathalie Azoulai n'aurait pas dû se lancer dans un travail aussi périlleux. On ne peut s'empêcher de faire la comparaison entre leurs deux Bérénice et le résultat est bien désavantageux pour la Bérénice du XXIème siècle...

Pour autant, si vous ouvrez ce roman pour les bonnes raisons, vous pourriez ne pas être déçu par la biographie romancée de Racine. Je l'ai trouvée bien écrite et suffisamment bien romancée pour faire de Racine un personnage de roman. Toutefois, je n'ai pas pu m'empêcher de me demander quelle était la partie réelle, historique, de celle romancée.

 

Référence

Nathalie Azoulai, Titus n'aimait pas Bérénice, éditions P.O.L., 416 pages