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Tsukuru est tokoyoïte, il a 36 ans et est ingénieur en architecture ferroviaire. Son métier et sa passion consistent à concevoir l'architecture des gares. Il n'a jamais réussi à s'attacher à une femme au point de l'aimer et n'a ainsi jamais eu de relation stable pendant plus de 6 mois. Lorsqu'il rencontre Sara, il sent qu'il a plus de sentiment envers elle qu'il n'en a jamais eu envers une autre femme. Elle l'amène à se questionner sur son passé et sur sa solitude. Leur relation le force à rechercher la raison pour laquelle ses quatre grands amis d'adolescence l'ont rejeté du jour au lendemain sans explication.

Originaire de Nagoya, Tsukuru est parti étudier à Tokyo alors que ses quatre amis ont continué leurs études dans leur ville d'origine. Ils formaient un groupe extrêmement soudé, où chacun avait sa place. Toutefois, Tsukuru a toujours considéré qu'il était un maillon inintéressant, fade, sans couleur de cette amitié. Lorsque ses amis lui ont brutalement annoncé qu'il ne devait plus jamais reprendre contact avec eux, il en a été presque détruit. Cet événement l'a déstabilisé à une époque où il était en pleine construction identitaire et alors même qu'il n'avait aucune confiance en lui. Il a alors dû faire face à un épisode dépressif et n' a jamais su développer de relation amicale et amoureuse à long terme.

Pour mériter l'amour de Sara, il va devoir entreprendre un voyage intérieur de souvenir et mener une enquête pour reconstruire l'histoire de cette cassure.

"Il semblerait que même dans la vie d'un homme en apparence des plus paisible ou rangé, il y a toujours à un moment ou à un autre, une période de grande rupture. Une période de folie, même, pourrait-on dire. Chez les hommes, ce genre de tournant est sûrement nécessaire." (page 81)

J'ai rarement lu de roman aussi bien écrit sur l'amitié. Je ne peux m'empêcher de faire la comparaison avec ma référence en la matière, qui est bien évidemment la saga napolitaine d'Elena Ferrante. Murakami choisit de sonder une histoire d'amitié de groupe alors qu'Elena Ferrante se focalisait sur une amitié entre deux jeunes filles. L'angle d'écriture n'a donc rien à voir et je n'ai donc absolument pas été déçue par cette lecture. 

La question qui se pose dans ce type d'amitié est bien souvent la place qu'occupe chaque individu dans le groupe et la manière dont le groupe façonne chacun. Au sein du club d'amis de Tsukuru, chacun avait sa propre couleur, qui reflétait sa personnalité. Ainsi, chacun avait son rôle à jouer dans le groupe et le groupe lui rappelait la place et donc la limite qui était la sienne. Tsukuru est la figure de l'adolescent peu sûr de lui, en quête d'une identité qu'il n'arrive pas à se forger. Il est persuadé d'être insignifiant et finit par se morfondre dans son malheur là où d'autres auraient cherché à comprendre la raison d'un tel rejet. 

Tsukuru est un personnage totalement passif, qui finit toujours par accepter ce qui lui arrive sans jamais chercher à se battre. Etrangement, ce caractère constamment en retrait et passif de Tsukuru ne m'a absolument pas empêchée d'apprécier énormément ce personnage pour lequel je pense avoir eu beaucoup d'empathie. Les épreuves qu'il traverse et les questions qui l'assaillent sur ses amitiés et son caractère me l'ont certainement rendu très intéressant. 

Je crois avoir également été assez sensible au rythme et à l'atmosphère de ce roman. Etant axé sur la question de l'introspection et Tuskuru étant un homme introverti, la lecture m'a donné un sentiment de calme assez fort. Je l'ai lu avec beaucoup de sérénité et de plaisir. 

 

Référence

Haruki Murakami, L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, éditions 10/18, 355 pages