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Gaby est un enfant au début des années 1990. Il vit au Burundi avec sa jeune soeur Ana et ses parents. Son père est français et sa mère est d'origine rwandaise. Il raconte son quotidien d'enfant dans l'impasse du quartier résidentiel dans lequel il vit à Bujumbura. Il a la chance d'être métis et d'avoir un père français, ce qui lui permet d'avoir un certain niveau de vie et d'être scolarisé dans un établissement français.

"Le bonheur, ça t'évite de réfléchir."

Il est donc loin des problèmes des enfants burundis et rwandais mais se rend compte des changements qui sont en train de s'opérer : on parle de plus en plus des différences entre Hutu et Tutsi autour de lui.

" - Alors...pourquoi se font-ils la guerre ?

 - Parce qu'ils n'ont pas le même nez."

"Pendant la projection de Cyrano de Bergerac, on a même entendu un élève dire : "Regardez, c'est un Tusti, avec son nez"."

Autour de lui, des proches partent au Rwanda pour faire la guerre. Néanmoins, Gaby cherche à tout prix à repousser cette nouvelle réalité qu'est la guerre. Il refuse de grandir et veut continuer à vivre heureux et loin des problèmes politiques au fond de son impasse de Bujumbura. Il se réfugie dans son enfance, qu'il ne veut pas quitter. Lorsqu'il se rend compte qu'il ne peut éviter de grandir, son échappatoire devient la lecture. 

"Grâce à mes lectures, j'avais aboli les limites de l'impasse, je respirais à nouveau, le monde s'étendait plus loin, au-delà des clôtures qui nous recroquevillaient sur nous-mêmes et sur nos peurs."

"Dans mon lit, au fond de mes histoires, je cherchais d'autres réels plus supportables et les livres, mes amis, repeignaient mes journées de lumière."

Sa réalité, c'est la mésentente qui s'installe entre ses parents. Sa mère sent le malheur arriver et n'a de cesse de réclamer à son père de partir pour la France. La situation politique dégénère au même moment que celui où sa mère a quitté le domicile familial : Gaby et Ana doivent alors affronter un quotidien de plus en plus violent sans leur mère et avec un père très absent.

Avec des mots d'adulte, Gaby raconte ses souvenirs d'une enfance heureuse. Il fait ressurgir des souvenir d'abord naïfs, puis de plus en plus réalistes et durs. La naïveté du regard d'enfant qu'il porte sur la montée de la haine au Burundi la rend d'autant plus absurde et incensée. Il concilie la narration d'une enfance douce et stoppée brutalement avec celle tragique d'un génocide. Pour cela, il utilise à la fois la voix de Gaby et celle de sa mère. Il distille des touches d'espoir dans ce roman si dur et violent, qui raconte à la fois l'histoire des morts et des vivants. 

Petit pays est un très beau et très triste roman qui a le mérite de ne pas sombrer dans un pathos trop lourd alors qu'il aurait été facile de se contenter de faire pleurer le lecteur à chaudes larmes. Gaël Faye offre justesse et équilibre à son roman grâce au personnage de Gaby. 

 

Référence

Gaël Faye, Petit pays, éditions Grasset, 171 pages

Merci aux éditions Grasset pour cette très belle découverte !