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Arthur Leander, un célèbre comédien canadien, décède sur scène pendant une représentation du Roi Lear. Quelques heures à peine après son décès, une incroyable pandémie éclair touche le monde entier. Des milliers de personnes inondent les urgences des hôpitaux, qui n'arrivent pas à traiter cette nouvelle maladie qui tue en l'espace de 48 heures. 

Emily Saint John Mandel nous fait suivre deux histoires en parallèle. Il y a d'une part celle d'Arthur Leander, qui représente le monde d'avant la catastrophe et d'autre part, celle de Kirsten, une jeune femme membre de la Symphonie itinérante. 
Un ami d'Arthur et son avocat tentent de contacter tous les proches de Leander pour leur apprendre son décès et organisent ses funérailles. C'est l'occasion pour ses proches de se souvenir de l'homme qu'il était et de leur propre place sur Terre alors même que le monde est en train de changer.
La Symphonie itinérante est une troupe de théâtre qui se déplace de petit village en petit village américain, afin de donner des représentations des pièces de Shakespeare et des concerts de musique. Leur histoire se déroule 20 ans après la pandémie, dans un monde où presque la totalité des êtres humains ont disparu. Après des années de violence et de pauvreté extrême, les survivants sont désormais un peu plus en sécurité. Cela reste toutefois relatif puisque des sectes apocalyptiques violentes sévissent encore.
Quel roman bouleversant et quelle claque ! Ce roman post-apocalyptique est d'un réalisme saisissant. Emily Saint John Mandel raconte les différentes étapes de la tragédie en choisissant de se focaliser sur des personnages qui n'ont connu que l'ancien monde (comme Arthur), que le nouveau ou bien les deux (comme Kirsten). Elle nous montre à quel point tout ce qui fait notre quotidien pourrait nous être retiré presque du jour au lendemain. Ainsi, des choses que l'on considère comme "acquises" (l'électricité, l'eau courante par exemple) sont non seulement éradiquées mais considérées comme des choses presque "magiques" par les générations qui n'ont pas connu le monde pré-apocalyptique. 
Emily Saint John Mandel traite de sujets qui me sont particulièrement angoissants puisqu'elle raconte la fin de notre monde, la naissance d'un monde violent, sans confort et sans saveur. Son idée de suivre une compagnie de théâtre dans un monde où la nature a pris la place sur la culture est vraiment brillante. Le réalisme de sa narration additionné au graphisme des scènes et des descriptions rendent Station eleven extrêmement puissant. 
Voici un roman que je ne suis pas prête d'oublier et qui ferait un très bon objet d'adaptation au cinéma. Encore un coup de coeur !
Référence
Station eleven, Emily Saint John Mandel, éditions Rivages, 480 pages