Elephant Island - Luc Baba
Louis est un petit garçon en 1917. Son père est parti à la guerre et a laissé derrière lui sa femme et leurs nombreux enfants. Ils ont beaucoup de mal à affronter la pauvreté et les pénuries. Ils meurent de faim malgré les quelques aides alimentaires qu'ils reçoivent. Leur mère décide donc de placer deux de ses enfants, Louis et Rose, dans un orphelinat. Elle espère qu'ils y mangeront à leur faim. Mais la réalité est bien différente : non seulement ils ne mangent pas à leur faim, mais ils sont très mal traités. Ils subissent la violence de leurs encadrants au quotidien.
Louis vit mal la séparation avec sa soeur Rose. Seules quelques lettres échangées de temps en temps leur permettent de garder un petit peu de contact. A travers les lettres de Rose, on découvre une petite fille élevée à la dure, qui souffre de la faim, de la maladie, sans jamais se plaindre. Rose semble résignée. Louis, quant à lui, ne peut s'empêcher d'imaginer sa fuite de l'orphelinat - en bateau. C'est un petit garçon plein de rêves maritimes et d'espoirs.
Le roman de Luc Baba se lit d'abord pour ce qu'il apparaît être en premier, c'est-à-dire la narration de la vie d'un homme qui eut une enfance difficile et violente mais qui trouva l'amour et une voie qui lui permit de sortir de ce monde de malheurs qui fut toujours le sien. Mais Elephant Island se lit et se comprend aussi a posteriori comme la dénonciation de ces orphelinats et maisons de redressement où violence et torture étaient des outils d'éducation jugés normaux et adaptés à l'époque. De ce point de vue, Luc Baba essaie de faire entrer dans la mémoire collective ces lieux tragiques, afin que le passé de ces enfants ne soit jamais oublié.
L'atmosphère d'Elephant Island a quelque chose de Dickensien puisque la vie de Louis à l'orphelinat et tous les malheurs successifs auxquels il est confronté (y compris après sa sortie de l'orphelinat) le rapprochent d'Oliver Twist. Bien que la comparaison avec Dickens soit quelque peu exagérée (Elephant Island étant un roman plus modeste), ce livre a le mérite de m'avoir ouvert les yeux sur la réalité d'une époque (des années 1920 aux années 1960) particulièrement dure avec les enfants. Je n'avais pas conscience de la cruauté que l'on pouvait infliger à des enfants au XXème siècle, et encore moins jusque dans les années 1960.
Référence
Luc Baba, Elephant Island, éditions Belfond, 216 pages
Merci aux éditions Belfond pour cette lecture et cette découverte d'un passé que je ne connaissais pas.