Le gardien de nos frères - Ariane Bois
En 1967, Simon Mandel est un architecte français reconnu à New York, où il travaille depuis plusieurs années. Il suit de loin les événements politiques qui se déroulent de l'autre côté de l'Atlantique et semble particulièrement inquiet à cause des tensions militaires au Proche-Orient.
Simon n'était pas encore majeur lorsqu'il connut la guerre en France. Il entra dans la Résistance au début de la Seconde Guerre mondiale et fut rapidement écarté des combats à cause d'une blessure reçue lors d'un affrontement avec l'envahisseur nazi. A son grand désespoir il ne participa pas à la Libération de la France et resta longtemps au lit pour guérir sa blessure.
A la fin de la guerre, il cherche à tout prix à se mettre au service d'une cause et ne conçoit pas de retrouver une vie civile "classique". Plutôt que de commencer des études d'architectes, il rejoint les Dépisteurs, un groupe d'anciens résistants juifs qui se lancent à la recherche des enfants juifs cachés pendant la guerre, afin de les rendre à leur famille. Il fait équipe avec Léna, une polonaise survivante du ghetto de Varsovie. Ils sillonent ensemble le sud-ouest de la France afin de retrouver les enfants cachés par les Justes, mais aussi avec l'espoir pour Elie de retrouver son petit frère.
L'angle choisi par Ariane Bois pour ce roman est très intéressant puisqu'il ne traite pas directement de l'occupation nazie. L'histoire se déroule essentiellement après la Seconde Guerre mondiale, même s'il y a parfois des flash-backs. De cette époque, je n'avais aucune connaissance du travail réalisé par les Dépisteurs et j'avais même une vision très limitée des Justes. En effet, les Justes ont réalisé des actes de bravoures et d'humanité en protégeant des enfants juifs. Toutefois, je n'avais pas conscience du fait qu'une partie d'entre eux ont réalisé ces actes sans savoir qu'ils accueillaient des enfants juifs. D'autre part, le roman d'Ariane Bois m'a ouvert les yeux sur les difficultés rencontrées auprès de certains de ces Justes pour "récupérer" les enfants.
La plus grande qualité que j'ai trouvé au Gardien de nos frères, outre son rythme, est l'éclaircissement historique qu'il m'a apporté. Après plusieurs années passées dans des familles catholiques au fin fond de la campagne française, certains enfants étaient tellement bien intégrés dans leur nouvelle vie qu'ils ne concevaient même plus de retrouver leurs anciens parents ou de rejoindre leur famille qui avait parfois émigré. Certains d'entre eux avaient été baptisés et vivaient sans aucun souvenir de leur culture et du culte de leurs parents. La question qui est posée par Ariane Bois à travers Simon et Léna (qui ont des points de vue opposés sur le sujet) est de savoir s'il faut tenir compte de l'avis de l'enfant ou bien s'il faut considérer que ses parents et sa famille étant morts du fait de leur religion, il n'est en aucun cas concevable de ne pas élever ces enfants selon la religion juive.
J'ai été moins emballée par d'autres aspects du roman, qui m'ont semblé assez clichés et dont les stéréotypes auraient pu être évités. Je ne pense pas dévoiler de secrets (car on s'en doute dès le début) en en parlant mais il me semble que l'attirance entre Simon et Léna constituait un filon bien trop gros et trop simple. Par ailleurs, dans leur travail de dépisteur, Léna représente la figure de la mère douce, bienveillante et à l'écoute auprès des enfants alors que Simon lui ne sait pas tellement s'y prendre et a tendance à braquer les gens. Certes, cela reste plausible mais je pense que malheureusement il s'agit encore d'un cliché un peu gros sur la nature des hommes et des femmes.
Néanmoins et malgré ces réserves, Le gardien de nos frères est un roman que je conseille pour qui aime l'Histoire et veut découvrir l'aspect un peu plus sombre des Justes et le travail caché des Dépisteurs.
Référence
Ariane Bois, Le gardien de nos frères, éditions Belfond, 393 pages
Un grand merci à Célia des éditions Belfond pour cette lecture !
