Les élucubrations de Fleur

06 décembre 2016

Dans le jardin de l'ogre - Leïla Slimani

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Adèle mène une double vie. Cette trentenaire est journaliste dans un journal parisien. Elle aime son mari Richard et ils ont un enfant de quelques années, Lucien. Adèle ne peut s'empêcher d'accumuler les conquêtes masculines et couche très régulièrement (parfois quotidiennement) avec d'autres hommes. Pourtant, elle aime son fils et son époux. Mais c'est plus fort qu'elle, elle a besoin de coucher avec une grande quantité d'hommes différents.
Quand elle n'a pas de perspective de nuit (ou simplement de quelques heures) à passer avec un homme, Adèle est en manque. Elle se transforme alors en prédatrice, prête à tout et à prendre n'importe quel homme pour assouvir son désir. Elle va jusqu'à mentir à ses proches, coucher avec des collègues, des époux de relations proches... 
Leïla Slimani raconte le quotidien de cette femme extrêmement malheureuse et en grande détresse. Adèle a une addiction au sexe comme un toxicomane est accro à la drogue. Elle ne peut pas s'en passer, comme si elle avait besoin de combler un manque au plus profond d'elle-même. 
L'histoire de cette jeune femme qui a tout pour réussir mais qui est en réalité au bord du gouffre est bouleversante. Leïla Slimani a un réel talent pour raconter les gestes du quotidien d'une famille aisée parisienne au bord de l'explosion. Comme dans Chanson douce, Leïla Slimani est douée pour concilier la narration d'un quotidien familial qui pourrait être banal de l'extérieur et celle d'une tragédie humaine. J'ai aimé son usage des mots pour parler d'Adèle : elle a trouvé un très bon équilibre entre le respect de son personnage et une empathie qui reste mesurée. 
Référence
Leïla Slimani, Dans le jardin de l'ogre, éditions Gallimard

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03 décembre 2016

Mon bilan de novembre

Quel maigre bilan pour novembre ! Sans trop savoir pourquoi, je n'ai que très peu lu en novembre : aurais-je fait une overdose de rentrée littéraire ?!

Je n'ai eu qu'un seul coup de coeur, pour ce très beau recueil de nouvelles de Yasunori Kawabata. J'ai énormément aimé sa capacité à plonger son lecteur dans une ambiance reposante, à lui faire ressentir la nostalgie de ses personnages et à développer un certain mystère.

J'ai eu une grosse déception en lisant Les jours de mon abandon : étant une grande fan d'Elena Ferrante, je m'attendais à dévorer ce roman qui m'est plutôt tombé des mains (mais je suis allée jusqu'au bout !). En revanche, j'ai abandonné Ecoutez nos défaites au bout d'une trentaine de pages. 

 

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29 novembre 2016

The girls - Emma Cline

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En 1969, Evie est une jeune fille de 16 ans qui vit à San Francisco. Elle passe un été paisible et ennuyeux dans la grande maison de sa mère. Ses parents sont divorcés depuis plusieurs années. Depuis, sa mère cherche désespérément l'amour et un nouveau sens à sa vie. Elle n'est pas très proche de sa fille, dont elle ne sent pas les failles.
Alors qu'elle se promène dans un parc, Evie croise un groupe de jeune fille hippies, qui semblent déborder de liberté et de bonheur. Elle est fascinée par l'une d'entre elles, dont elle ne peut détourner le regard. Il s'agit de Suzanne, une jeune femme qui fait partie des leaders du groupe. 
Evie finit par se rendre dans le ranch au sein duquel vit cette petite communauté et son intérêt pour Suzanne grandit. Elle ne voit pas la saleté et la misère dans laquelle elles vivent. Evie fait plusieurs allers et retours entre sa vie d'adolescente riche et celle de cette communauté un peu étrange. Elle cherche à tout prix à plaire à Suzanne, qu'elle a en adoration. Pour cela, elle se met petit à petit à voler pour subvenir aux besoins de la communauté du ranch.
Emma Cline a choisi la fiction pour raconter un fait divers particulièrement glaçant. En 1969, des membres de la secte de Charles Manson ont assassiné sauvagement plusieurs habitants d'une résidence de San Francisco, dont une femme enceinte de 8 mois. Plutôt que de choisir le ton d'un documentaire ou d'un policier, elle emprunte celui de la fiction, en modifiant certains noms et certains faits. Le point d'entrée choisi par Emma Cline est le personnage d'Evie, une jeune fille totalement extérieure à la secte. A travers ce personnage, elle pose bien évidemment la question de l'attraction d'une secte et celle de la destruction de l'individu au sein du groupe. 
J'ai apprécié la façon dont Emma Cline reproduisait la fascination d'Evie pour Suzanne. Elle arrive particulièrement bien à faire ressentir la façon dont elle est captivée par cette femme qu'elle considère presque comme un modèle. En revanche, le bilan global que je fait de cette lecture est mitigé car j'ai régulièrement eu des moments d'ennui, n'arrivant pas à m'intéresser à la vie d'Evie ni à cette communauté. 
Référence
Emma Cline, The girls, éditions Quai Voltaire, 336 pages

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26 novembre 2016

Station eleven - Emily Saint John Mandel

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Arthur Leander, un célèbre comédien canadien, décède sur scène pendant une représentation du Roi Lear. Quelques heures à peine après son décès, une incroyable pandémie éclair touche le monde entier. Des milliers de personnes inondent les urgences des hôpitaux, qui n'arrivent pas à traiter cette nouvelle maladie qui tue en l'espace de 48 heures. 

Emily Saint John Mandel nous fait suivre deux histoires en parallèle. Il y a d'une part celle d'Arthur Leander, qui représente le monde d'avant la catastrophe et d'autre part, celle de Kirsten, une jeune femme membre de la Symphonie itinérante. 
Un ami d'Arthur et son avocat tentent de contacter tous les proches de Leander pour leur apprendre son décès et organisent ses funérailles. C'est l'occasion pour ses proches de se souvenir de l'homme qu'il était et de leur propre place sur Terre alors même que le monde est en train de changer.
La Symphonie itinérante est une troupe de théâtre qui se déplace de petit village en petit village américain, afin de donner des représentations des pièces de Shakespeare et des concerts de musique. Leur histoire se déroule 20 ans après la pandémie, dans un monde où presque la totalité des êtres humains ont disparu. Après des années de violence et de pauvreté extrême, les survivants sont désormais un peu plus en sécurité. Cela reste toutefois relatif puisque des sectes apocalyptiques violentes sévissent encore.
Quel roman bouleversant et quelle claque ! Ce roman post-apocalyptique est d'un réalisme saisissant. Emily Saint John Mandel raconte les différentes étapes de la tragédie en choisissant de se focaliser sur des personnages qui n'ont connu que l'ancien monde (comme Arthur), que le nouveau ou bien les deux (comme Kirsten). Elle nous montre à quel point tout ce qui fait notre quotidien pourrait nous être retiré presque du jour au lendemain. Ainsi, des choses que l'on considère comme "acquises" (l'électricité, l'eau courante par exemple) sont non seulement éradiquées mais considérées comme des choses presque "magiques" par les générations qui n'ont pas connu le monde pré-apocalyptique. 
Emily Saint John Mandel traite de sujets qui me sont particulièrement angoissants puisqu'elle raconte la fin de notre monde, la naissance d'un monde violent, sans confort et sans saveur. Son idée de suivre une compagnie de théâtre dans un monde où la nature a pris la place sur la culture est vraiment brillante. Le réalisme de sa narration additionné au graphisme des scènes et des descriptions rendent Station eleven extrêmement puissant. 
Voici un roman que je ne suis pas prête d'oublier et qui ferait un très bon objet d'adaptation au cinéma. Encore un coup de coeur !
Référence
Station eleven, Emily Saint John Mandel, éditions Rivages, 480 pages

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23 novembre 2016

De nos frères blessés - Joseph Andras

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Fernand Iveton est arrêté à Alger en 1956, pour terrorisme. Ce jeune ouvrier communiste avait posé une bombe dans une partie désaffectée de l'usine dans laquelle il travaillait. Membre du FLN, il cherchait à soutenir le mouvement algérien indépendantiste, par un événement marquant, à condition de ne pas tuer ni blesser de civil. La bombe n'explose finalement pas et même si elle avait explosé, elle aurait difficilement endommagé un mur mais Fernand Iveton est arrêté, torturé et condamné à mort. 

Qui était cet homme ? Pourquoi soutenait-il le FLN alors qu'il était d'origine française et non musulman ? Pourquoi fut-il condamné à mort pour une petite bombe qui n'explosa pas et n'aurait fait aucun dégât ? Ce sont les questions qui servent de fil conducteur à ce court roman de Joseph Andras. Plutôt que de mener son l'intrigue à la façon d'une enquête, ce dernier choisit le roman fictionnel. 

De nos frères blessés repose en grande partie sur des faits historiques et s'en inspire pour redonner vie à cet homme et à son entourage. Joseph Andras raconte le moteur idéaliste et humaniste de Fernand Iveton, ainsi que sa vie sentimentale. Il jongle ainsi entre deux narrations : celle de son arrestation à sa mise à mort et celle de sa vie avant son engagement et notamment sa rencontre avec Hélène.

Il y a beaucoup de simplicité et d'humanisme dans ce court texte. En l'espace d'une centaine de pages, Joseph Andras arrive à conjuguer la narration de ce qui faisait la personnalité de Fernand Iveton et celle du système politique, médiatique et judiciaire qui l'a broyé avec une rapidité déconcertante. 

 

Référence

Joseph Andras, De nos frères blessés, éditions Actes Sud, 140 pages

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20 novembre 2016

Alyah - Eliette Abécassis

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Esther Vidal habite à Paris, où elle élève seule ses deux enfants depuis qu'elle a divorcé de son mari. Elle enseigne le français dans un collège défavorisé. Depuis les attentats de janvier 2015, elle ne se sent plus en sécurité. Esther est juive et a l'impression de porter sa religion et son passé sur son visage. Elle tente à tout prix de se faire petite, de se faire oublier, de peur de devenir la cible d'actes antisémites. 

Eliette Abécassis laisse parler Esther à la manière d'un témoignage réaliste. Elle lui fait raconter sa réalité de mère de deux enfants dans un Paris devenu dangereux et une France de plus en plus raciste. Mais Esther ne raconte pas seulement son quotidien ; elle partage également ses interrogations et ses réflexions sur la politique intérieure et internationale française. En utilisant le truchement d'Esther, Eliette Abécassis frôle parfois le style essayiste. 

Bien que ce témoignage fictif-réaliste soit intéressant en soi et du fait de sa nature littéraire peu commune, je n'ai pas trouvé plus d'intérêt que cela à ce roman. La narration d'Esther reste assez pauvre d'un point de vue du style. Le roman ne propose pas réellement d'intrigue et il tourne parfois trop à l'essai. Je suis certaine qu'il aurait mieux valu publier certains passages en tant qu'essai indépendant plutôt que de s'obstiner à vouloir fourrer de la politique dans de la littérature. Au final, je ressors de cette lecture avec une vision intéressante mais aucun plaisir de lecture, très peu de souvenirs et une impression de bâclage. Bref, passez votre chemin.

 

Référence

Eliette Abécassis, Alyah, éditions Albin Michel, 243 pages

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