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Virginie, Aristide et Erik se sont portés volontaires pour une mission exceptionnelle, qui n'entre normalement pas dans leurs fonctions. Ils sont tous les trois policiers et vont devoir conduire Asomidin Tohirov, un immigré clandestin tadjik, à l'aéroport Charles de Gaulle, dans le cadre de sa procédure d'expulsion. Normalement, ce n'est pas à eux d'effecturer cette mission mais leurs collègues sont débordés à cause d'un grand incendie qui vient de se déclarer dans la prison voisine. 

Ils ont accepté cette mission sans rien en savoir. A la prison, l'assistante juridique d'Asomidin Tohirov apostrophe Virginie pour lui expliquer la raison pour laquelle ce dernier est venu en France : après avoir été détenu et torturé dans son pays parce qu'il a dénoncé des actes contraires aux droits de l'Homme, il a cherché asile en France. Le reconduire dans son pays signe donc son arrêt de mort. Sur la route pour l'aéroport, Virginie décachète l'enveloppe qui contient le dossier de l'expulsé : elle a besoin de savoir ce qu'elle est en train de faire.

"C'est l'éclat des feux, plus intense sur le bleu, qui fait basculer le jour dans la nuit."

Qu'est-ce qui explique ce revirement de situation, cette effraction des règles ? Les trois policiers vont-ils appliquer la procédure de reconduite à la frontière ? 

"La responsabilité est dispersée entre la Préfecture, les gardiens, les escorteurs, la Police aux frontières, les pilotes, les hôtesses, les stewards, pour que chacun ait le confort de penser : ce n'est pas moi, c'est l'autre."

Très rapidement, Hugo Boris plonge le lecteur dans une ambiance pesante, qui ressemble à un huis clos sans en être réellement un. Les trois policiers et leur expulsé sont "enfermés" ensemble dans leur voiture de fonction, le temps du trajet. Chacun d'entre eux a un passé qui va peser dans les décisions qu'ils vont prendre. Hugo Boris relaie leurs points de vue en confiant leur psychologie et leur histoire. Les mots qu'il utilise pour parler de chacun d'entre eux sont justes et honnêtes. Il cherche à éviter la caricature. Ainsi, Aristide aurait pu être décrit comme un beauf alors que sa réalité est bien plus complexe que cela :

"Aristide qui pulvérise du zombie à longueur de nuit, Aristide charmeur et vulgaire, bruyant et primitif, excrémentiel et solaire, [...] apaisant les esprits de sa simple présence physique, dédramatisant les conflits avec une intelligence immédiate de la situation." 

Virginie et Aristide sont amants et elle est enceinte de lui . Elle prépare son avortement, qui aura lieu le lendemain. Elle est fatiguée de ce boulot : "elle se demande toujours comment elle n'a pas les yeux sales, stupéfaire qu'ils n'aient pas conservé, dans leur profondeur, le pâle reflet de la misère."

Erik est l'un des meilleurs, il est le plus expérimenté et le plus professionnel de tous. Mais lui aussi, en a marre : "Sur son visage, un masque se fige d'année en année. Mais à l'intérieur, l'hémorragie a commencé." 

Police est addictif, envoûtant. Hugo Boris décortique toutes les étapes de la procédure d'escorte avec énormément de précision. Il reste extrêmement factuel du début à la fin du roman et c'est ce qui explique l'emprise qu'il a sur son lecteur. De ce fait, mais aussi du fait du rythme intense de la narration et parce qu'il se place du point de vue de chaque policier, Police m'a beaucoup fait penser à Réparer les vivants. On y trouve une voix de narrateur très puissante, lourde de faits et de sens. 

Ce qui est particulièrement brillant est d'avoir réussi tout cela en un peu plus de 100 pages seulement ! Police est mon coup de coeur de cette rentrée littéraire. C'est le genre de roman qu'on ne peut pas oublier tellement il est puissant. 

 

Référence

Hugo Boris, Police, éditions Grasset, 136 pages

Un immense merci aux éditions Grasset pour cette magnifique découverte !