TOUT CE QUE JE SUIS

Anna Funder fait alterner son récit entre le point de vue de deux personnages : Toller et Ruth. Alors qu’il est réfugié aux Etats-Unis, Toller raconte son histoire, pour en faire une autobiographie. Ruth, quant à elle, se laisse submerger par ses souvenirs sans arriver à les maîtriser tout à fait : elle a désormais cent ans, vit en Australie et est atteinte de la maladie d’Alzeimer. Ruth et Toller racontent chacun leur histoire, avec des temporalités différentes. 

Malheureusement, l’histoire de Ruth et Toller met du temps à arriver. La période de la montée du nazisme n’est pas inintéressante mais elle manque grandement d’action et Anna Funder a du mal à créer un certain niveau de suspense pour tenir son lecteur en haleine. Pendant 90 pages, j’ai eu le sentiment d’être dans l’attente de quelque chose qui emporte le récit, qui m’aspire. Mais il faut avouer que 90 pages, c’est beaucoup trop long ; en temps normal, j’aurais déjà abandonné la lecture. 

Ce qui rend la lecture moins aisée est le changement très régulier de point de vue puisque d’un chapitre à un autre, on passe de Toller à Ruth. Or, à peine avais-je le temps de m’habituer à l’un que je devais déjà glisser dans la peau de l’autre personnage. La tentative de décrocher est donc encore plus grande. Une fois que le récit commence à prendre de l’élan (lorsque le petit groupe d’amis se forme), le texte est perturbé par des longueurs dont on aurait bien pu se passer. 

Anna Funder exige de son lecteur de la patience, son roman se mérite. Ce n’est qu’au bout de 200 pages que de l’action commence à émerger du récit : le petit groupe de militants voit son existence menacée, suite à l’incendie du Reichstag. Ceux d’entre eux qui sont lucides et qui le peuvent, fuient jusqu’à Londres avec un statut de réfugié, dont ils sont contraints de taire la cause. Ruth et son mari Hans découvrent la culture anglaise. Une des forces de ce récit est de faire partager le point de vue d’émigrés. Ruth se rend compte à quel point il est dur d’être si loin de son pays d’origine, quand bien même son idéologie socialiste lui demande de faire fis de son identité.

Le récit devient alors de plus en plus prenant : les intrigues politiques se développent et on entre presque dans un roman d’espionnage. L’histoire racontée par Anna Funder est d’autant plus forte émotionnellement qu’on la sait vraie. Une fois la dernière page lue, je fus finalement satisfaite d’avoir eu la patience de lire les 200 première pages peu captivantes. Cela en valait grandement la peine !

 

Référence

Anna Funder, Tout ce que je suis, édition Héloïse d'Ormesson, 491 pages

prix lectrices elle 2014